Geshe Jampel Senge, moine tibétain et activiste des droits de l'homme, dénonce les nouvelles règles de désignation des lamas fixées par le gouvernement chinois le 1er septembre 2007. Ces mesures, selon le moine, portent atteinte à l'identité religieuse tibétaine et mine l'autorité de dalaï lama.
Jennifer Henrichsen/InfoSud - Ce mois, le gouvernement chinois a proclamé qu'il peut seul approuver les réincarnations de tous les moines tibétains. TDH a recueilli la réaction de Geshe Jampel Senge, un moine tibétain forcé à l'exil en 1959, aujourd'hui assistant du responsable de l'institut tibétain Rikon en Suisse, lors de son passage à Genève.
Que cherche le gouvernement chinois en voulant imposer des lamas agréés par Pékin ?
Cela fait partie d'un effort accru des autorités chinoise d'assécher la liberté et l'éducation religieuses au Tibet. Pékin utilise les lamas pour étendre son régime totalitaire. En désignant eux-mêmes les lamas, Pékin veut convertir les Tibétains à la manière chinoise de penser. Et ce afin de contrôler plus profondément le peuple tibétain.
Au cours des 50 dernières années, les professeurs et les étudiants de bouddhisme ont fuit en Inde pour pouvoir pratiquer leur religion, laissant une grande part du Tibet ouvert à la colonisation chinoise. L'année dernière, le gouvernement chinois a construit une ligne de chemin de fer au Tibet sous prétexte de libérer les Tibétains. Ce train transporte des milliers de Chinois incultes qui viennent au Tibet pour exploiter les minerais et d'autres ressources naturelles. C'est un nettoyage ethnique démographique.
Aujourd'hui, ils s'en prennent à l'autorité du dalaï lama et tentent ainsi de détruire encore plus l'identité tibétaine.
Les lamas tibétains sont considérés comme des « Buddhas vivant ». Une qualité que revendiquerait aussi le parti communiste chinois, selon des ONG...
C'est insensé. Les Tibétains qui sont fonctionnaires du gouvernement chinois ne peuvent avoir de croyance religieuse. Ils ne peuvent pas prier ou aller au monastère. Ils n'ont aucun rapport avec la religion parce qu'ils sont athées.
Les Tibétains accepteront-ils un lama désigné par les Chinois ?
La plupart des Tibétains ne reconnaîtront pas ces lamas frauduleux. Plusieurs de ces lamas n'ont pas la compétence d'officier comme chefs religieux. Les Tibétains savent qui est capable et qui ne l'est pas.
Par contre, le panchen lama désigné par le dalaï lama est toujours honoré, alors qu'il est mort en 1989. Les autorités chinoises ont essayé de forcer des nonnes et des moines à signer des lettres indiquant reconnaissant le lama désigné par les Chinois. Ceux qui ont refusé ont été emprisonnés et battus.
Par ces mesures, les Chinois essayent de fermer complètement la porte au dalaï lama. Ils pensent que ceci leur permettra de sauver la face et de réduire au minimum l'attention aux violations des droits de l'homme. En remettant en cause les attributs du Dalaï lama, le gouvernement chinois essaye de distraire la communauté internationale de la question tibétaine.
Pour sa part, le dalaï lama préférerait se concentrer sur l'enseignement plutôt que de faire de la politique. Il a 72 ou 73 ans.
Craignez-vous que ces mesures puissent affecter profondément le Tibet ?
Non. Le gouvernement chinois ne peut pas imposer ces mesures. Des lamas peuvent naitre en exil en raison de leur karma. La décision du gouvernement chinois concernant les lamas revient à dire que le pape n'a aucun droit de nommer les évêques. De plus, le dalaï lama est universellement reconnu et respecté. Et les lamas qu'il nomme sont également respectés. Mais les Chinois sont très patients. Ils attendent que le dalaï lama passe son chemin.
La Chine et le Tibet sont-ils engagés dans un dialogue sur cette question ? Avez-vous l'intention de parler à la délégation chinoise lors de cette session du Conseil de droits de l'homme ?
Non, mais nous sommes toujours ouverts au dialogue. Le gouvernement chinois ne reconnaît pas officiellement le gouvernement tibétain en exil. Mais il rencontre de temps en temps la délégation tibétaine, connue sous le nom de délégués du dalaï lama.
Quand la délégation tibétaine entre en Chine, les fonctionnaires du gouvernement déclarent que des exilés sont rentrés au pays pour visiter des parents. La Chine montre ainsi qu'elle a deux visages. D'un coté, elle signifie à la communauté internationale qu'elle n'a pas de problème avec le Tibet. De l'autre, elle est d'accord de rencontrer secrètement la délégation tibétaine pour dialoguer.
Je ne vois pas d'autre option que de s'affronter pacifiquement. Nous ne sommes ni contre la Chine, ni contre son gouvernement. Nous luttons contre l'impérialisme culturel. Le Tibet est un Etat policier, physiquement commandé par la Chine. Mais la Chine ne commande pas nos c½urs ou nos esprits. Nous conservons l'espoir. Rien n'est permanent.
Les deux panchen lamas
Le panchen lama est le plus haut dignitaire du bouddhisme tibétain, après le dalaï lama. Il lui incombe, avec d'autres, d'identifier l'incarnation du dalaï lama.
Le 10ème panchen lama du Tibet est mort inopinément en 1989. Le dalaï lama a nommé Gedhun Choekyi Nyima comme 11ème panchen lama du Tibet. En désaccord, la Chine a arrêté le garçon. En novembre 1995, la Chine a identifié un garçon différent, Gyancain Norbu, comme 11ème réincarnation du panchen lama.
Le gouvernement tibétain en exil affirme le panchen lama et sa famille sont des prisonniers politiques.